Ballade à travers des locutions.

24 juin 2010

Baccalauréat: Épreuve de philosophie.

 5.00

 

Le réveil fut cursif puisqu'en réalité, j'avais passé la nuit allongée comme un piquet à dialoguer avec ma conscience de façon à me divertir durant ces heures sombres d'incertitude. En fait, je ne parvenais pas à oublier ma misérable position humaine de cible à viser, dont l'activité sado-sanguinolente des tirs de fléchettes revenait à des correcteurs insensibles, armés de gros feutres rouge pour rendre justice à la philosophie Française en cas de débordements...

 

8:14

 

La découverte des sujets fut un grand bazar émotionnel:

 

Sujet 1: Dissertation de merde.

Sujet 2: Dissertation de merde.

Sujet 3: Texte philosophique de merde.

 

8:18

 

Dialogue entre conscience et esprit.

 

-Conscience, que faire??

-Un choix.

-Mais lequel?

-Quels sont les trois sujets?

-Bien... Le premier sujet, la recherche de la vérité peut-elle être désintéressée? Le deuxième, faut-il oublier le passé pour se donner un avenir? Le troisième, un texte, La Somme Théologique de Thomas d'Aquin... 

-Quelle dissertation t'inspire le plus?

-Rien ne m'intéresse...

-Bon, fais le texte alors.

 

9:58

 

En dépit d'un désintéressement total pour le texte proposé qui semblait plus qu'une plaisanterie niaise qu'autre chose, je fus étonnée par mes prouesses relevant de l'ordre du miracle physique. C'est dire qu'un instinct de survie animal m'eut sauvé et amené à pondre des âneries intelligentes de l'ordre du 45lignes/ par minute au kilométrage manuel.

 

Plus j'écrivais, moins je ne me reconnaissais à vouloir repeindre le monde en tableau de Bisounours pour amadouer le cœur sensible d'une éventuelle âme philosophique sensible à ma prose et à quelques alexandrins trouvés en dépit de citations intéressantes. Par ailleurs, en parlant de citations, je me suis toujours vue dans l'incapacité de citer d'autres personnes que celles dans mon entourage. 

 

 

11h03

 

Je n'ai pas arrêté l'ombre d'une seconde d'écrire sur ma copie dans le don injuste de l'encre de mon stylo qui aurait pu servir à des fins plus utiles (comme par exemple écrire un testament pour léguer mes excréments à mon examinateur, il paraîtrait même que les composants fécales sont très nutritifs...) que me grouiller la patte de fennec à commenter tout et n'importe quoi sur La Somme Théologique de Thomas d'Aquin...

 

Vraiment, si ma copie ne tenait qu'à moi, quelques lignes auraient suffi pour commenter de manière analytique et cursive :

 

Vous nous emmerdez et c'est tout ce que vous savez faire. Quand vous voyez une roue, il est indéniable que vous ne pouvez pas vous empêcher d'y foutre des bâtons dedans. D'ailleurs, pourquoi le texte s'appelle Somme Théologique alors qu'il ne parlent même pas de Dieu? Juste pour nous emmerder. 

 

11h15

 

Étant donné les faits observés par l'examinateur très à cheval sur la sécurité (il fallait signer une feuille pour aller aux toilettes), je signais la feuille en faisant l'expérience d'une bouffée d'interrogations subites. De fait, je me demandais si en complément de cette solennelle signature j'allais aussi apporter les preuves matérielles (du pipi dans une éprouvette aurait été apprécié) de ma sortie quasi-présidentielle aux toilettes, je fus tout également escortée jusqu'à ma destination par l'examinateur qui prit grand soin à noter l'heure de la sortie à peine un pied posé en dehors des toilettes. Sinon, mis à part mes péripéties dans les chiottes indignes d'être racontées, je ne me sentais pas du tout à l'aise pendant la dernière heure à voir des cuisses de poulets danser autour de moi. De fait, j'avais tellement faim que j'étais prête à échanger mes précieuses copies de philosophie contre un morceau de pain avec quelques sardines. Néanmoins, animée par une énergie manifestement vive quant à ma réussite scolaire, je serrais précieusement mes copies dans mes bras en respirant à plein nez ces feuilles qui j'espérais, allaient me déposer sur le seuil de la porte du succès.

 

11h32

 

Même si tout le monde faisait abstraction de mon ventre en furie qui hurlait la pénurie de nourriture, j'étais bloquée par la honte en me découvrant une pudeur inhabituelle.

 

11h34

 

Ma conscience revint pour nettoyer ces pensées qui ne rentraient pas dans le cadre de La Somme théologique.

-Bon, tu fais quoi là?

-Je rêvasse...

-Dépêche-toi d'écrire! L'heure tourne!

-Oui, mais je ne sais pas quoi écrire...

-Écris n'importe quoi. On s'en fout.

  

 

11h56

 

Vers la fin de l'épreuve, j'eus essuyé d'un revers de bras la sueur qui avait salement dégouliné sur mon front. J'avais dépassé mes limites. 

 

Posté par renaissancerose à 23:29 - Permalien [#]

09 juin 2019

Tsunami

  

L'année de 2018 a été rythmée par de grands bouleversements. C'est comparable à une  marée haute ayant tout emporté sur son passage. Signalons que l'adverbe "Tout" n'est pas exhaustif, mais inclut très spécifiquement  ma pourriture d'ex. Sans rien exagérer, on pourrait même qualifier cette année 2018 de tsunami. Dès lors, un tsunami provoqué par un cri intérieur.

Parfois, je voyage à travers mes souvenirs. Je me souviens qu'un jour, mon ex m'avait dit sur le ton de la rigolade: "Un jour, j'espère que tu écriras des choses sur moi."

Et bien, les voici, déroulé noir sur blanc et mis en perspective par trois syllables éclairées d'une lucidité nouvelle circonscrite par la colère :

Je te hais. 

Oui, je le hais. Je l'abhorre de toute mon humanité. Les gens disent qu'il n'y a qu'un pas entre l'amour et la haine. Moi, je pense que, il s'est écoulé plusieurs foulées, jusqu'à ce que je franchisse la ligne rouge.

À vingt-sept ans, je suis aujourd'hui en capacité de pouvoir mettre des mots précis afin d'expliquer mes émotions. Avant, quand j'étais plus jeune,  j'osais croire très fort en l'amour. J'avais un coeur sincère, je voulais toujours avoir les bras ouverts. Ainsi, je pardonnais, j'endurais, je sacrifiais et j'aimais sans concession. Je traitais tout le monde de la même manière. Après ma rupture de 2016 avec mon ex, toutes les cases de mon cerveau se sont enfin alignées dans le bon ordre. Je lui ai donné une seconde chance en 2017 qui a duré un an. jusqu'à ce que je reprenne mon amour après de multiples trahisons incompatibles à une notion d'amour sain. 

Même si mon coeur a été déchiré et s'est échoué au fin fond des océans comme une vieille épave de paquebot rouillée, et bien je m'en suis sortie. Le mois de septembre 2018 a particulièrement été difficile lorsque mon ex est revenu à la charge. Il est encore revenu au mois de décembre 2018 puis successivement à partir du mois de février 2019. 

En septembre, je souffrais tellement intérieurement que je me suis abandonnée dans la prière. La prière était mon exutoire. L'écriture aussi. Endolorisée par la rage, le tourment et la désolation, j'écrivais, j'écrivais, j'écrivais, sans fin, sans satiété.  Ce jusqu'à ce que Dieu me vienne en aide et soulage ma souffrance. Malgré mes sentiments pour mon ex, je préférais souffrir le martyr et me forcer à dé-aimer mon ex que de lui donner un autre chance. Oui, tous les déchets ne produisent pas de l'énergie renouvelable. Ainsi, tout homme n'est pas matière à être recyclé. 

Aujourd'hui, je ne souffre plus. 2018 m'a vaccinée. J'ai passé toute ma vie à chercher à comprendre ce que c'était l'amour. Aujourd'hui, enfin, j'ai compris ce qu'était. Le vrai amour flottait déjà à l'intérieur de mon esprit, il fallait juste le libérer.

Je n'ai jamais compris pourquoi les gens s'efforçaient de m'aimer, cela me faisait très peur. 2016 a été un tournant dans ma vie dans lequel j'ai décidé d'aimer en retour. J'aime les personnes qui viennent à moi. Je les aime d'un amour désintéressé, je les aime de tout mon coeur. Souvent, les gens sont magnétisés par ce que je dégage. C'est l'amour quelque en soit sa nature. 

Nouveauté, j'ai également appris à libérer des personnes, car j'ai compris que l'amour c'était aussi d'accepter de voir des personnes partir et de ne pas les rattraper. L'amour, c'est ainsi une source de liberté. Je ne suis plus vulnérable et je ne souffre plus. Parfois, il ne faut pas chercher à comprendre. Si quelqu'un veut partir, il faut mettre son cerveau en pause, tendre les bras et laisser partir.

C'est ce que j'ai fait avec mon ex qui multipliait les signes de mal-être. Je l'ai libéré et maintenant, c'est lui qui regrette chaque jour de sa vie. Malheureusement, il n'y aura plus de rédemption pour cet homme, car une femme qui a réussi à renaître ne réintègre pas dans sa vie la personne qui a essayé de la tuer émotionnellement. J'ai décidé de mettre fin à des cycles toxiques et je garderai la même ligne de conduite quoiqu'il arrive. 

Dans la profession que j'exerce, je pratique mon métier avec amour. C'est un sillage émotionnel que les gens remarquent et apprécient. L'autre jour, quelqu'un au travail, me disait:

"Je ne vous connais pas beaucoup, mais d'après ce que j'ai observé, vous avez une grande sensibilité. Gardez cette sensibilité, car elle montre que vous avez de l'humanité. On a besoin d'humanité dans ce monde." 

Oui je suis d'accord. On a besoin d'humanité. Je sais que la colère est une expression de cette humanité, mais il va falloir la laisser partir aussi. 

 

  

 

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